Dans un village du district de Dharwad (Karnataka, Inde), un groupe de femmes sans terre a redéfini l’entrepreneuriat rural en faisant de la transformation alimentaire traditionnelle une activité viable et durable. Le groupe d’entraide Shri Vinayaka, composé de 16 femmes, a commencé son parcours avec des ressources limitées mais une détermination commune à améliorer ses moyens de subsistance. Soutenus par le projet CROPS4HD et l’ONG Sahaja Samrudha, ils se sont lancés dans la transformation du pois d’angole, non pas en recourant à des raccourcis industriels, mais en remettant au goût du jour des techniques traditionnelles qui correspondent aux préférences culinaires locales.
Au départ, le groupe a expérimenté le traitement mécanique, qui offrait une grande rapidité, mais ne permettait pas d’obtenir le goût et la texture authentiques préservés par les méthodes traditionnelles. Conscientes de cela, les femmes ont décidé de revenir à des pratiques à forte intensité de main-d’œuvre telles que le trempage, le séchage au soleil et le triage à la main. Ces méthodes, bien qu’exigeantes, leur ont permis de produire des lentilles qui conservaient leur saveur naturelle et leur aspect rustique, des qualités très appréciées par les consommateur-rice-s de la région.

Ce choix n’est pas seulement culturel, il est aussi stratégique. En alignant sa production sur les goûts de la communauté, le groupe a exploité une niche de marché qui privilégie la qualité à la commodité. Les lentilles, traitées sans polissage chimique et provenant de fermes biologiques, ont rapidement acquis une réputation d’excellence. La demande n’a cessé de croître et le groupe a pu vendre ses produits à des prix nettement plus élevés que les produits standards traités à la machine.
Le groupe a mis au point un modèle d’entreprise qui s’est avéré économiquement viable. Leurs coûts opérationnels, y compris les matières premières et la main-d’œuvre, sont soigneusement gérés. L’une des principales innovations a été l’utilisation des sous-produits du cycle de transformation, qui ont été transformés en aliments pour le bétail et vendus localement. Cela a permis non seulement de réduire les déchets, mais aussi d’ajouter une source de revenus supplémentaire, améliorant ainsi la rentabilité globale de l’unité.
Le travail de transformation, autrefois considéré comme un fardeau, est devenu une source d’autonomisation. Les femmes maîtrisent entièrement cette composante de l’entreprise, répartissant les revenus entre elles et veillant à ce que chaque membre bénéficie directement de l’effort collectif. Leur travail leur procure non seulement un revenu, mais aussi une dignité et une reconnaissance au sein de leur communauté.
La demande ne cessant d’augmenter, le groupe étudie les moyens d’étendre ses activités sans compromettre la qualité artisanale qui définit sa marque. Des projets d’introduction de séchoirs solaires et de machines à classer sont en cours, afin de réduire les contraintes physiques tout en préservant l’intégrité des méthodes traditionnelles. Ces améliorations permettront de stabiliser la production et d’ouvrir les portes de marchés plus vastes, notamment aux consommateur-trice-s urbains à la recherche de produits alimentaires authentiques et traditionnels.
Le parcours du groupe est un exemple puissant de la manière dont l’innovation peut émerger de la tradition. En associant les connaissances indigènes à la réflexion stratégique, ces femmes ont créé une entreprise culturellement enracinée, économiquement résiliente et respectueuse de l’environnement. Leur succès montre que durabilité et rentabilité peuvent aller de pair, et leur approche a permis aux femmes de devenir les gardiennes d’une agriculture durable.
Lisez davantage à propos de ce cas dans “La touche d’Or pour une alimentation saine – Innovation dans la transformation du pois d’Angole” et d’autres études de cas dans “Contes d’innovations agroécologiques – Documentation d’études de cas sur les innovations dirigées par les paysans dans les pratiques agroécologiques initiées dans le cadre du projet CROPS4HD de SWISSAID” (en anglais).

