Promouvoir le changement par le biais d’activités participatives est l’un des objectifs clés de CROPS4HD. Pour cela, nous menons une approche concrète pour l’aspect de mise en œuvre PUSH du projet : la sélection variétale participative (SVP). En Inde, la première formation supervisée par des experts du FiBL et organisée conjointement par le FiBL, SWISSAID et Sahaja Samrudha, a eu lieu en juin 2022 à Mysore, Karnataka, sur une culture d’amarante . L’objectif était de montrer la contribution qu’une telle approche de recherche et de développement peut avoir sur les moyens de subsistance et la nutrition, étant donné que la sélection est faite par les paysan·ne·s et que leurs demandes sont prises en considération. Cette formation, qui a été bien accueillie, a souligné, par une application pratique directe et la participation active des personnes présentes, que la SVP est essentielle dans les environnements pluviaux et les divers groupes socio-économiques qui utilisent la culture de légumes pour leur subsistance.
Cette formation a rassemblé environ 65 participant·e·s, dont des scientifiques, des paysan·ne·s, des consommateur·rice·s, ainsi qu’une équipe d’expert·e·s techniques et l’équipe de production. Elle s’est déroulée dans une ferme du district de Mysuru, ornée d’une trentaine de variétés d’amarante provenant de cinq États différents (Odisha, Bengale occidental, Andrah Pradesh, Madhya Pradesh et districts du Karnataka). Ce champ a été choisi pour la formation car il offre une image visuelle concrète des différentes nuances de l’amarante. La parcelle expérimentale comportait 30 variétés avec trois réplications de chaque variété et chaque variété séparée par du petit mil. Chaque bloc contenait une parcelle avec chaque variété étudiée qui mesurait environ 5 m². Il y avait un total de 90 blocs. Ainsi, ce champ offrait un large choix aux participant·e·s.

Cette sélection variétale de différentes variétés d’amarante a été organisée en fonction d’objectifs précis :
- Sélectionner les meilleures variétés traditionnelles d’amarante qui s’adaptent aux conditions climatiques locales, qui résistent aux parasites et les maladies et qui sont appréciées par la communauté.
- Promouvoir une diversité traditionnelle économiquement viable et respectueuse du climat et orienter les paysan·ne·s vers sa conservation.
- Donner aux communautés rurales les moyens d’agir en s’appuyant sur les connaissances, les compétences et les pratiques traditionnelles autochtones.
- Améliorer la base de production des variétés traditionnelles d’amarante et augmenter leur disponibilité sur le marché.
En guise d’introduction, le Dr Aravinda Kumar, du College of Horticulture Mysuru, a présenté un rappel rapide de tous les avantages de l’amarante en tant que source de nutrition. Ensuite, l’expert du FiBL a pris la direction des opérations pour le reste de la formation. Il a expliqué que l’objectif de l’essai variétal participatif est d’identifier les variétés que la plupart des paysans et paysannes préfèrent. En ce sens, les préférences des paysan·ne·s, y compris leurs besoins en matière de choix de cultures et de variétés, et les contraintes à l’adoption sont prises en considération. À la fin, cette préférence variétale est soigneusement évaluée parmi les caractéristiques de consommation et de production.
La participation des paysan·ne·s à la sélection variétale est une véritable valeur ajoutée et est donc fortement soulignée en raison de l’amélioration qu’elle permet dans la sélection des variétés appropriées, car les paysan·ne·s examinent en personne les nouvelles variétés dans leurs exploitations à leurs niveaux de gestion et ils comprennent les exigences de qualité ou autres. Par conséquent, la première étape de cette formation était un exercice de « liste de préférences ». Tout le monde s’est impliqué et après une première énumération des différentes caractéristiques préférées par les hommes et celles préférés par les femmes, une discussion de groupe commune a permis de classer la liste selon les critères suivants : tige souple/tendre, absence de parasites et de maladies, feuilles plus nombreuses et plus grandes, rendement élevé, longue durée de conservation et coupe multiple. Après avoir dressé la liste de leurs traits préférés, les participant·e·s ont été emmené·e·s sur le terrain pour noter la variété de leurs préférences par groupe (hommes seulement, femmes seulement et groupe mixte). En participant à ce processus, les paysan·ne·s ont pu comprendre l’importance du test des cultivars et de la SPV.
À l’issue de cette activité, 10 cultivars spécifiques se sont distingués. Il est intéressant de noter que sur cette liste de cultivars, plus de la moitié ont été définis par tout le monde comme spécialement attractifs en raison de leurs caractéristiques, alors que le reste des cultivars ont été rejetés par certain·e·s participant·e·s. Cela montre que les attentes des caractéristiques peuvent se chevaucher ou au contraire sembler contradictoires pour certain·e·s paysan·ne·s. Une approche participative permet ainsi de prendre en compte les attentes et les recherches de tout le monde. A l’issue de ce travail de terrain, les caractéristiques suivantes sont le plus souvent retrouvées : tendreté des feuilles, niveau de tolérance aux ravageurs et aux maladies, aptitude à l’utilisation des feuilles et des tiges[1].
Pour terminer la journée en beauté et susciter l’intérêt pour l’amarante d’une manière différente, un buffet gastronomique de plats dérivés de l’amarante a été préparé par les participant·e·s. Différents plats ont été préparés à partir de ces variétés, comme des soupes, des salades, des rotis, des sautés de légumes verts, des currys, des snacks, etc. Les femmes ont partagé le savoir ancestral de la cuisson des feuilles et des tiges tendres et les ont ajoutées à différents plats.
Enfin, le directeur de Sahaja Samrudha a clôturé la journée en soulignant que l’amarante est une culture alimentaire sous-utilisée mais prometteuse, car elle peut pousser dans un large éventail de conditions climatiques. Le développement de cette culture, de la culture en plein champ à la production et à la consommation par les ménages ruraux, aurait des conséquences positives sur la santé. En outre, elle est économiquement viable et possède un fort potentiel commercial inhérent qui doit être pleinement exploité. C’est pourquoi des efforts seront déployés pour introduire ces variétés sur les marchés en formant des collectifs de commercialisation dans la région.
[1] Cette liste n’est pas exhaustive et n’est valable que pour ces participant·e·s. Elle ne doit en aucun cas être extrapolée en tant que caractéristiques typiques de l’amarante.
