Les 28, 29, 30 et 31 mars 2022, s’est tenu l’atelier de planification et de renforcement des capacités des organisations paysannes en matière de plaidoyer pour la promotion des systèmes semenciers paysans (SSP) dans la province du Mayo-Kebbi, au Tchad. Cet atelier de quatre jours, lancé par l’AFSA et organisé par son partenaire local PEPAF, reflète la volonté de CROPS4HD de faire des paysan·ne·s les véritables acteurs de l’influence et de la transformation de leurs conditions de travail et de vie. L’objectif de cet atelier était de renforcer les actions de plaidoyer à travers diverses activités et échanges qui ont permis de former les dizaines de participant·e·s (44) à un discours axé sur les solutions et animé par des expert·e·s.
Il est à noter que l’organisation de cet atelier est le résultat des leçons tirées des premières activités de plaidoyer, qui ont mis en évidence le fait que les paysan·ne·s tchadien·ne·s n’avaient pas suffisamment de connaissances et/ou d’informations sur le secteur des semences, et encore moins sur les systèmes semenciers paysans. Cela rendait presque impossible la mise en place des conditions préalables au plaidoyer des SPP. Par conséquent, il existe un besoin sérieux et important de renforcer la capacité du secteur agricole tchadien à mieux défendre le SSP. Ainsi, cet atelier a été l’occasion de renforcer la cohésion entre les acteurs et d’harmoniser le niveau de compréhension du système semencier paysan.

C’est dans un contexte d’animation détendue, basé sur le principe du « team building » et au centre d’accueil d’un site agroécologique, que les participant·e·s ont été formé·e·s, informé·e·s et sensibilisé·e·s sur la base de preuves scientifiques. Il s’agissait, entre autres, du fait que plus des trois quarts de la diversité génétique en agriculture ont disparu au cours du 20ème siècle et d’une mise en garde sur la disparition d’une grande partie de la biodiversité alimentaire et la menace qu’elle représente pour l’avenir du Tchad en matière d’alimentation, de moyens de subsistance, de santé et d’environnement. Par ailleurs, des exposés sur le cadre juridique des semences aux niveaux national et sous-régional, soulignant la prise en compte marginale du système semencier paysan, ont permis de mettre en évidence les difficultés de reconnaissance des SSP traditionnels.
À cet égard, les activités des groupes de travail qui ont présenté les concepts d’agriculture familiale et d’autres types d’agriculture par les participant·e·s, ont également mis en évidence le soutien dont les paysan·ne·s ont besoin pour la reconnaissance de leurs connaissances. En effet, la plupart des pratiques agricoles durables sont en fait des pratiques qui existent dans leurs systèmes agricoles traditionnels. Cet espace d’échange et de sensibilisation a eu pour effet positif de motiver les paysan·ne·s à défendre leurs connaissances en matière de semences. Continuer à produire, gérer, multiplier, échanger, stocker et planter des semences en utilisant leurs propres connaissances, expériences et compétences locales pour survivre sans acheter de semences ou en s’appuyant sur d’autres pratiques, c’est la réaffirmation du défi pour les paysan·ne·s et les petit·e·s exploitant·e·s au Tchad.
Afin d’engager une réponse concrète à ce défi, une planification opérationnelle du plaidoyer pour la promotion des PSS au Tchad a été définie comme le résultat d’un travail d’équipe collaboratif. Trois actions principales ont été identifiées pour le plan d’action 2022 :
- Promotion de la politique nationale des semences (loi 16) pour refléter les particularités des SPP.
- Production d’un discours scientifique en faveur des SPP pour convaincre et renforcer le discours politique pertinent.
- Production d’un discours politique pour la mobilisation de masse et la sensibilisation au niveau provincial.
Enfin, pour maintenir et animer la dynamique paysanne créée à Bongor, les acteurs ont mis en place des groupes de réflexion et de pression pour continuer à définir les actions concrètes à mener. C’est un résultat que le projet CROPS4HD soutiendra avec la supervision et l’expertise de l’AFSA.
