En septembre 2022, l’un des partenaires indiens de CROPS4HD, Bhittibhumi, a réalisé un exercice de sélection participative des variétés (SVP) en Odisha avec le soutien et les conseils du FiBL. L’exercice a impliqué les paysan-ne-s en tant que parties prenantes clés pour rechercher et déterminer les lignées de gramme vert et de sésame les plus préférées en vue d’un développement ultérieur. Les discussions avec les paysan-ne-s ont fait apparaître des différences et quelques similitudes dans les préférences en matière de caractères et les choix variétaux.
Comme nous l’avons mentionné dans l’un de nos précédents articles, la SVP est un processus important qui permet de vérifier, d’évaluer et de populariser les variétés de semences locales au sein de la communauté. L’approbation des paysan·ne·s pour la mise en circulation d’une variété est très importante. Les sélectionneurs doivent impliquer tous les partenaires dans le processus, afin de créer des variétés de semences communes préférées par tous (hommes, femmes, jeunes, paysan-ne-s, consommateurs-rices et transformateurs-trices). Souvent, les variétés de semences sont évaluées en fonction d’un ensemble de caractéristiques : rendement, temps de maturité, remplissage des gousses, éclatement des gousses, taille, couleur, parasites, maladies, tolérance à la sécheresse, demande du marché, prix, valeur nutritive et santé. Au cours de cet exercice à Odisha, une corrélation entre le genre et l’agroécologie a été mise en évidence. Les principaux traits critiques discutés des différentes variétés sont les suivants : couleur et taille, rendement, période de maturité de la variété et goût.

Voici quelques-uns des résultats qui ont été mis en évidence au cours de cet exercice concernant la variété d’haricot mungo. Les intérêts pour le rendement et la vigueur de la plante sont similaires pour les paysan-ne-s et les femmes. Il est intéressant de noter que les différences constatées pourraient être liées au rôle que jouent les hommes et les femmes dans les opérations agricoles et dans la satisfaction des besoins de leurs familles. De plus, les femmes préféraient les variétés à moyennes et grosses graines car ces dernières demandent moins de temps de battage et de cueillette dans le sol – ce qui réduit la corvée et permet de remplir rapidement le sac – pour la commercialisation. Les femmes étaient aussi plus intéressées par la variété qui prend moins de temps à cultiver. La raison pour laquelle elles préfèrent la variété à jours plus courts est d’économiser du temps et des ressources telles que l’humidité du sol et l’eau pour une autre culture. Les hommes, en revanche, étaient plus préoccupés par les parasites et les maladies, qui sont en augmentation en raison de la variabilité climatique.
La discussion communautaire a permis de comprendre que le choix de la variété a également une dimension de genre en termes d’opérations agricoles différentes effectuées par les femmes et les hommes sur le terrain. L’un des aspects essentiels du travail sur les variétés des paysan-ne-s est de soutenir l’agroécologie autour de la culture. En termes plus généraux, cela inclut l’autonomie et la garantie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. L’inclusion des femmes dans ce type de discussion fait ressortir l’élément des défis du changement climatique. Le rôle des femmes consiste principalement à assurer la sécurité alimentaire des familles et du bétail. Leur préférence montre les facteurs qui concernent leur rôle et certains éléments importants de l’agroécologie.
Comme nous le savons en Inde, la plupart des opérations agricoles sont effectuées par des femmes, mais la mentalité stéréotypée qui consiste à les considérer comme de la main-d’œuvre plutôt que comme des paysan-ne-s entrave le développement de leurs capacités et de leur efficacité dans l’accomplissement de leur rôle. Leurs connaissances et leurs expériences ne sont généralement pas reconnues par les pratiques de recherche dominantes. Le processus de recherche participatif par l’utilisation de méthodes telles que le SVP avec la participation de la communauté crée une opportunité pour les femmes de partager leurs connaissances, ainsi que leurs préoccupations croissantes concernant le climat, les défis pour l’agriculture et l’augmentation de leur charge dans l’exécution des différentes opérations agricoles. En outre, le fait de faire participer à la fois des femmes et des hommes permet de savoir quelles variétés sont les plus appréciées et pourquoi. Il est donc important d’avoir une discussion commune entre hommes et femmes pour discuter des différents points de vue et se mettre d’accord sur les variétés qui devraient être cultivées dans leurs exploitations. Elle peut également être considérée comme une opportunité d’apprentissage et de réflexion pour les organisations travaillant dans l’agriculture afin d’optimiser leurs pratiques actuelles et leur manière de promouvoir les pratiques agricoles.
