Les banques de semences paysannes locales : instruments de résilience communautaire au Niger  

A l’échelle mondiale, une part de plus en plus importante des semences est produite par quelques grands groupes agricoles. En conséquence, la diversité des variétés traditionnelles et paysannes se perd de plus en plus. Au Niger, le secteur semencier est confronté à plusieurs défis, dont l’accessibilité aux semences de qualités adaptées aux conditions climatiques, qui répondent aux attentes de la communauté en termes de rendement et d’usage. 

Les banques de semences communautaires (BSC) constituent un mouvement  offrant une solution simple et efficace basée sur l’organisation communautaire pour une meilleure résilience de l’agriculture paysanne. 

Qu’est-ce qu’une banque de semences communautaire (BSC) ? 

Une banque de semences communautaire est une initiative locale, gérée par des agriculteur-trice-s, visant à collecter, conserver, multiplier et échanger des semences paysannes. Elle fonctionne comme un « grenier » collectif, préservant la biodiversité agricole et les variétés adaptées aux conditions locales, renforçant ainsi la souveraineté alimentaire et la résilience face au climat. 

Dans le cadre du programme CROPS4HD, il a été mis en place 10 banques de semences dans 10 villages des communes de Matankari et de Dan Kassari afin de défendre le droit des paysan-ne-s pour une autonomie semencière. 

Banque de semence communautaire de Makéra

Résilience économique, environnementale et cohésion sociale 

Dans un contexte de vulnérabilités, telles que des crises sociales et climatiques, les BSC apportent une solution à travers l’augmentation des ressources alimentaires et économiques, la cohésion sociale et la capacité d’adaptation des communautés. 

“Des taux de germination avoisinant les 100%”  

L’utilisation et la conservation, au sein des BSC, de variétés adaptées localement ainsi que l’intégration des NUS (espèces négligées et sous-utilisées) renforcent la résilience des agriculteur-trice-s face aux incertitudes économiques et climatiques. Ces banques contribuent également à la préservation et à la sécurisation du patrimoine phytogénétique d’une région. La qualité des semences est conservée grâce à divers systèmes de conservation tel que le rihewa. 

Le système de conservation Rihewa

Des témoignages de gardiennes de semences et de productrices ont fait cas de “taux de germination avoisinant les 100 % pour les semences conservées dans les BSC”, ce qui constitue une économie considérable quant à la quantité utilisée pour les semis. Des économies, auxquels s’ajoutent des revenus notables générés par les ventes, comme le démontre les recettes de la foire aux semences. Dans la région de Dankassari, la Foire aux semences 2025 a permis de vendre au total 4 250 kg de semences NUS. Dans la région de Matankari, la foire a permis de vendre au total 3 297 kg de semences NUS. Ces ventes se sont traduites par un bénéfice net de 11 265 000 francs CFA (environ 15 500 CHF).

Au-delà du gain financier 

Les BSC constituent un cadre de solidarité où l’entraide prévaut en faveur des couches vulnérables de la communauté. En effet, la mise en place de caisse de solidarité « assusu » dans laquelle chaque adhérent-e verse 5O franc CFA par semaine, permet aux adhérents de développer des Activités Génératrices de Revenus (AGR) qui leurs procurent des revenus additionnels. Cette caisse est mise en place, à l’unanimité des membres de la BSC, afin de palier à toute éventualité de dépense liée aux banques de semence. Elle sert également de fonds pour l’achat de petits matériels de conditionnement au niveau local (par exemple, des boites vide de bonbon servant de contenants pour les semences). Les adhérent-e-s-s peuvent y faire des prêts personnels suivant les conditions du règlement intérieur de la BSC. 

Groupe des gardiens et gardiennes de semences de Makéra

Témoignage 

Aichatou Kahiya, membre de la banque de semence de Gougui

Aichatou Kahiya est membre de la banque de semence de Gougui, elle est mère de 5 enfants. En début de campagne 2024, elle avait perdu ses semences. Le comité de gestion de la banque lui avait alors octroyé 2kg d’une variété de voandzou (jaka) Au moment des récoltes, elle a récolté 12 kg. Elle affirme que les bons résultats de production sont liés à la qualité des graines ainsi qu’à l’application de compost. Aichatou Kahiya exprime sa satisfaction et sa redevabilité vis-à-vis de la banque de semence. Sans la banque ‘’j’allais rater la campagne hivernale 2024. Je n’aurais pas pu m’acheter ces semences toute seule« .