Partout en Afrique, les paysans cultivent, sélectionnent, échangent et préservent les semences depuis des générations. Ces systèmes semenciers paysans ont non seulement permis de préserver les moyens de subsistance et les cultures alimentaires, mais ils ont également contribué à la préservation de la biodiversité, qui est le fondement de systèmes alimentaires résilients. Aujourd’hui, alors que le changement climatique, la perte de biodiversité et les pressions croissantes sur les systèmes agricoles s’intensifient, les paysans africains et les organisations de la société civile réitèrent leur appel en faveur de la souveraineté semencière et de la protection des droits des paysans. Cet appel a été formulé avec force dans la Déclaration de N’Djamena, adoptée lors de la 4e Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, qui s’est tenue au Tchad du 2 au 4 juin 2026.
Organisée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), cette conférence a réuni des représentants de 24 pays africains — notamment des organisations de paysans, des chercheurs, des décideurs politiques, des partenaires de développement et des acteurs de la société civile. Elle a réaffirmé le rôle central des systèmes semenciers paysans (FMSS) dans l’avenir alimentaire de l’Afrique. Les participants ont souligné que ces systèmes continuent de fournir la grande majorité (90 %) des semences utilisées par des millions de paysan·ne·s à travers le continent et qu’ils restent essentiels au maintien de la biodiversité agricole, du patrimoine culturel et des savoirs locaux.

« Les semences de l’Afrique appartiennent à ses peuples. L’avenir de la gouvernance des semences doit s’ancrer dans la souveraineté, la justice, la biodiversité, la démocratie et les droits des paysan·ne·s. »
Les paysan·ne·s au cœur de la gouvernance des semences
L’un des messages clés de cette déclaration est que les paysan·ne·s ne sont pas de simples bénéficiaires passifs de l’innovation : ce sont des innovateurs et les gardiens de la biodiversité. Les participants ont appelé à la pleine reconnaissance et à la mise en œuvre des droits des paysan·ne·s, notamment le droit de conserver, d’échanger, de sélectionner, de reproduire et de vendre des semences issues de leurs propres récoltes. Une attention particulière a été accordée au rôle essentiel joué par les paysan·ne·s, qui sont souvent les principales gardiennes de la diversité des semences et des savoirs traditionnels.
Cette déclaration renforce également la légitimité et l’autonomie des systèmes semenciers paysans, qui méritent une reconnaissance juridique, des investissements et un soutien politique. Il ne s’agit pas d’une étape transitoire vers des systèmes de semences commerciales.

Le lien entre la souveraineté semencière et la souveraineté alimentaire
Les idées exprimées dans la Déclaration de N’Djamena s’inscrivent dans le sillage des mouvements plus larges en faveur de la souveraineté alimentaire qui voient le jour à travers le continent. La récente publication de l’AFSA, intitulée «My Food is African : Volume 2 », montre comment les citoyens, les paysan·ne·s, les commerçants et les organisations de la société civile reprennent le contrôle des systèmes alimentaires africains, depuis les marchés locaux et les potagers scolaires jusqu’aux instances décisionnelles nationales. Cette publication souligne que la souveraineté alimentaire ne dépend pas seulement de ce que les gens mangent, mais aussi de ceux qui contrôlent les semences, les terres, les marchés et les politiques alimentaires.
Partout sur le continent, les communautés montrent que les systèmes alimentaires résilients se construisent à partir de la base. Les marchés territoriaux, les systèmes de production agroécologiques, les initiatives communautaires en matière de semences et les actions de plaidoyer menées par les citoyens contribuent à préserver la biodiversité tout en améliorant l’accès à des aliments nutritifs et adaptés à la culture locale.
Un appel à l’action
La Déclaration de N’Djamena appelle les gouvernements, les institutions régionales, les bailleurs de fonds et les partenaires de développement à renforcer les politiques et les investissements qui soutiennent les systèmes semenciers paysans, l’agroécologie et la conservation de la biodiversité. Elle préconise également une protection renforcée contre la privatisation des ressources génétiques et des savoirs qui y sont associés, tout en veillant à ce que les technologies numériques émergentes soient réglementées de manière à protéger les droits des communautés et le partage des avantages.
Pour les systèmes alimentaires africains, les enjeux sont considérables. Alors que les défis climatiques ne cessent de s’aggraver, la protection de la diversité des semences et le renforcement des systèmes semenciers paysans sont de plus en plus reconnus comme des voies essentielles vers un avenir alimentaire résilient, durable et équitable. Le message qui nous parvient de N’Djamena est clair. Les semences africaines sont bien plus qu’un simple matériel de plantation : elles constituent le fondement de la souveraineté alimentaire, de la résilience face au changement climatique et de l’avenir agricole du continent.
Téléchargez le texte intégral de la Déclaration de N’Djamena en anglais et en français en cliquant sur les liens ci-dessous.
